18 novembre 2014

Musée de la Mémoire à Rosario, un rendez-vous avec l´histoire douloureuse de mon pays




Le Musée de la Mémoire de Rosario est devenu l´un des espaces les plus prestigieux pour réfléchir à propos des années obscures et douloureuses lors de la dernière dictature en Argentine. Donc, la décision de la visite était difficile, au moins pour moi.
Cependant, j´ai découvert un musée assez différent de celui que j´avais imaginé avant. Chacun de ses recoins parle à nos esprits sans avoir recours aux coups bas. Le moyen choisi est l´art, tout simplement. L´art qui nous parle, qui nous touche, l´art qui transmet tout ce que c´est important dans la vie.
À l´entrée, juste sur le trottoir, une petite pièce d´art de rue nous signale le musée avec une phrase simple: 
"Próxima estación... JUSTICIA"



Je dois avouer avoir attendu quelque temps pour le visiter. On se souvient de cette époque triste de nos vies, celle de la notre adolescence. 
La dernière dictature en Argentine a touché d´une manière ou d´autre nos vies. 
Donc, c´est normal: je n´osais pas le visiter. J´avais peur de ressentir la peur encore une fois, de revivre la douleur de ce passé récent.  
Mais je me suis décidée à faire la visite guidée.
Il s´agit du premier musée en Argentine qui détient le badge de musée d´intérêt national. Il fut érigé en mars 2010 dans le bâtiment où le Comando del II Cuerpo del Ejército fonctionnait à l´époque.
C´est ainsi que le Musée de la Mémoire est devenu une institution phare des politiques publiques sur les droits de l´homme et la mémoire
Ses archives ont une grande valeur et ils sont en croissance permanente. 



J´ai eu la chance de faire la visite guidée avec M. Rubén Chababo, le directeur du Museo de la Memoria
Chaque commentaire était autant intéressant qu´enrichissant. Il répondait avec gentillesse à toutes nos questions lors qu´il s´arrêtait dans chacune des stations. Ces endroits déclenchaient un tas d´inquiétudes par rapport aux “años de plomo” telle était la dénomination de cette période terrible de l´Argentine.
Une période que la plupart parmi nous, les visiteurs, avons vécue.
Le parcours invitait à la réflexion. Même l´histoire du musée est captivante.
M. Chababo a mis en relief le fait d´avoir des archives qui sont en permanente croissance grâce à la confiance déposé par les victimes et leurs familles. Ils ont reconnu le musée comme une véritable institution de et pour la mémoire.



L´édifice est magnifique. Les salles sont lumineuses et spacieuses. 
Étant donné le thème que le musée aborde, l´atmosphère est agréable. Au contraire, malgré le fort message peint sur les murs, le parcours reste tranquille et bon. Alors, je suis heureuse d´avoir osé faire la visite enfin. Cela a valu bien la peine pour vous le recommander maintenant. Il s´agit d´une visite pour tout le monde, peu importe si on est argentin ou étranger. La cause des droits de l´homme est en effet une cause universelle.
Un groupe d´artistes reconnus de Rosario ont été invités a intervenir le musée depuis des différents axes thématiques. 
Moi, je crois que l´art est toujours un moyen excellent pour exprimer nos sentiments. Donc, ces artistes sont venus nous raconter cette période de l´histoire de l´Argentina, de l´Amérique et de plusieurs d´autres pays du monde. 
Ils ont utilisé des images, des récits des victimes et de leurs témoignages.



Dans la partie centrale du rez-de-chaussée on découvre l´œuvre magnifique de Dante Taparelli, “Memoria”, qui déploie une sorte de papyrus sur une haute structure de bois. 
Le visiteur peut donner mouvement à la “machine” pour parcourir des faits violents attribués à l´État envers les communautés d´Amérique Latine lors des années.



Sur le mur de la salle, au fond, on trouve des vidéos sur les écrans. Il y en avait une, “Nos Queda la Palabra”, qui faisait le témoignage audiovisuel des survivants et leurs familles qui avaient été emprisonnés par la dictature, la plupart de Rosario
Les récits étaient parfois touchants, parfois effrayants.


Dans une petite salle du rez-de-chaussée, à droit, on peut visiter une installation singulière. Il s´agit de “Reconstrucciones” où l´on peut trouver la localisation de chacun des  centres clandestins de détention en Argentine
Au centre, il y a la maquette de l´édifice du Service d´Information de la Police Provincial, une œuvre de l´architecte Alejandra Buzaglo.


L´œuvre de l´artiste Daniel García, “Ronda”, est placé dans la partie gauche du rez-de-chaussée, dans un patio semi-circulaire qui fait face à la rue Moreno. 
La lumière naturelle nous montre l´évocations des marches historiques des mères de la Place de Mai. On y regarde les dessins de leurs célèbres mouchoirs blancs, le symbole de la douleur de la recherche de leurs fils. On y écoute leurs voix lors qu´on fait le parcours le long du corridor.



Puis, à droit on découvre l´entrée à un autre patio espagnol. L´artiste Norberto Puzzolo a déployé une collection de photographies d´enfants en noir et blanc sur ses murs. Il s´agit des enfants qui ont été arrachés de leurs parents. 
Sur l´autre mur on regarde les images des enfants qui ont pu récupérer leur identité. La photo de chaque petit enfant récupéré passe d´un mur à l´autre.
L´œuvre s´appelle “Evidencias” C´est étonnante.


Une autre artiste de Rosario, Graciela Sacco, a installé une collection de miroirs et de photos en acryliques dans l´espace semi-circulaire intérieur. Les images reproduisent des regards d´êtres humains et d´animaux. Pourtant, on dit que ces dernières n´appartiennent pas précisément au royaume des animaux. On y voit des regards des bourreaux, des témoins, des responsables et aussi des délinquants. 
L´œuvre s´appelle “Entre Nosotros”


Dans le patio extérieur on aperçoit des piliers qui roulent. Une autre création de Dante Taparelli, une dizaine de colonnes qui tournent et qui à la touche de la main révèlent les noms de chacune des victimes du terrorisme de l´État en Argentine. Elles sont tellement nombreuses.
Il s´agit d´un monument émouvant.



Dans le dernier étage on a pu profiter de l´expo de León Ferrari. Il s´agit de “Profanaciones”, l´exhibition de pièces de la série "Nunca Más" avec lesquelles Ferrari a accompagné en 1996 une réédition du célèbre rapport de la CO.NA.DE.P., la Comisión Nacional sobre la Desaparición de Personas. 
Les pièces les plus surprenantes étaient celle de l´avion comme crucifix et aussi les scènes du jugement dernier à côté des souvenirs du nazisme.


Maintenant, je l´ai fait.
Donc, je vous recommande fortement de visiter le Musée de la Mémoire de Rosario.  
Il s´agit d´un rendez-vous incontournable avec la véritable histoire douloureuse de l´Argentine

Visitez aussi le site du musée

D´autres musées incontournables à Rosario:
Musée des Arts Décoratifs
Musée de la Ville


14 commentaires:

  1. Je comprends les sentiments que tu puisses avoir dans un endroit comme celui ci , c'est toujours douloureux ( en fonction de ce que l'on a vécu ) de se replonger dans ces années difficiles .Très beau reportage

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C´est ainsi Bruno, il faut faire face à nos fantômes...

      Supprimer
  2. J'imagine ton émotion lors de cette visite. Le choix de passer par l'art pour évoquer ce passé douloureux est très bien ! J'avais assisté à une marche des mères de la Place de Mai à Buenos Aires...poignant ! Il faut se souvenir, entretenir la mémoire est un devoir ! Bisous

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il s´agit d´une visite qui touche beaucoup!

      Supprimer
  3. Pour que l on oublie jamais !! et aussi s'en faire le deuil !

    RépondreSupprimer
  4. Evidemment je suis saisie d'une grande émotion à la lecture de cet article, d'autant que tu as vécu cette période horrible. Mais ce musée moderne est très bien orchestré pour la mémoire de ces disparus et surtout "plus jamais ça !" Il faut parler de l'Histoire du pays, c'est de l'information, c'est la mémoire du pays. Bonne soirée Elisa bisous

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce musée est fortement lié au "Nunca Más", le premier jugement de ces crimes atroces

      Supprimer
  5. Beaucoup d'émotions en lisant tes mots et regardant tes photos, il est bon de sauvegarder la mémoire de ceux qui ont laissé leur vie pour leur pays. Je me souviens d'une visite au musée de la bombe à Hiroshima qui m'a aussi beaucoup émue et de ma visite au mémorial de Vimy dans ma région où des milliers de soldats ont péri..

    Bises, très belle fin de semaine Elisa.

    RépondreSupprimer
  6. Je me disais bien que ça faisait longtemps que je n'avais pas lu un de tes billets ! Profite bien de ton voyage !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui Christine, moi je suis un peu éloignée de la blogo.
      On reviendra peut-être dans quelques jours ou après les fêtes

      Supprimer